Retour sur les Rencontres annuelles de l’Institut de la Protection Sociale 2017

Retour en images sur les Rencontres annuelles de l’IPS qui ont réuni plus de 80 membres et partenaires à la Maison de la Recherche à Paris le 7 novembre 2017.

LE GRAND DEBAT
USURE DU SALARIAT, EXPLOSION DU STATUT INDÉPENDANT : VERS UN BOULEVERSEMENT DE L’EMPLOI ?
Les frontières de l’Emploi se brouillent : la distinction entre salariés et indépendants est devenue floue, les lieux et le temps de travail sont de plus en plus flexibles. Cette montée en puissance des formes d’emploi non salariées ou hybrides risque de remettre en question la protection des actifs, aujourd’hui norme du salariat en CDI. La distinction actuelle salariat/travail indépendant serait-elle dépassée ? À quoi ressemblera le travail demain ?

TABLE RONDE
NOUVELLES FORMES D’ENTREPRENEURIAT, QUELLE PROTECTION SOCIALE ?
Le salariat est de plus en plus remis en cause au profit de nouvelles formes de travail et la population active, notamment les plus jeunes, privilégie de plus en plus le statut d’indépendant à celui de salarié. Cette évolution se manifeste par exemple par l’émergence de l’économie collaborative ou encore par la montée en puissance du statut d’autoentrepreneur. Notre système de protection sociale ne s’est pas encore adapté à ces évolutions : avant tout pensé pour les salariés, souvent complexe, il ne prend pas en compte les besoins de l’entrepreneur. Comment réinventer notre modèle pour accompagner ces évolutions et la liberté d’entreprendre en France ?

Le régime spécial des députés en marche… vers celui des fonctionnaires !

Je dois vous l’avouer, je ne pensais pas voir la fin du régime spécial de retraite des députés. Et pourtant, force est de constater que le nouveau contexte politique issu des élections Présidentielles bouleverse bien des choses.

C’est ainsi que le Bureau de l’Assemblée Nationale vient d’engager le processus de suppression du régime spéciale des députés.

Le Bureau de l’Assemblée Nationale, réuni mercredi 8 novembre, a décidé de mettre un terme aux régimes spéciaux des députés.

Les mesures, promesse de campagne d’Emmanuel Macron, faites au nom de la moralisation de la vie politique et dans un souci d’économies, entreront en vigueur au 1er janvier 2018.

Elles concernent le régime des pensions de retraite, le régime d’aide au retour à l’emploi ainsi que l’indemnité représentative des frais de mandat.

Ainsi, le Bureau a adopté un arrêté « modifiant le Règlement de la caisse des pensions et de Sécurité sociale des députés et des anciens députés. » Cet arrêté aligne le régime de retraite de cette catégorie de parlementaires sur le droit commun.

Les règles liées aux bonifications familiales, aux conditions de versement des pensions d’orphelins et au taux de pension de réversion sont alignées sur celles de la fonction publique.

Les droits acquis par les députés avant l’entrée en vigueur de ces dispositions ne seront pas – ce qui est logique – affectés par la réforme.

Sur le plan financier, cet alignement devrait permettre de réaliser une économie de 10 millions d’euros par an. C’est bien évidemment insuffisant pour équilibrer le régime de droit commun. Mais le symbole est là et il doit être salué.

Ne reste à plus qu’à aligner l’ensemble du dispositif sur celui des salariés du secteur privé.

Encore un peu de marche et on sera arrivé !

Prélèvement à la source relancé, qu’adviendra-t-il des contrats retraite ?

Gérald Darmanin, Ministre des Comptes publics, a confirmé que le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu entrerait en vigueur le 1er janvier 2019, avec quelques modifications destinées à « alléger » les règles de gestion pour les collecteurs.

Cette pierre angulaire de la réforme fiscale voulue par François Hollande sera finalement instaurée, au regret de la plupart des entreprises et de nombre de salariés.

Promesse de campagne de François Hollande en 2012, c’est finalement Emmanuel Macron qui va mettre en œuvre l’impôt à la source pour le 1er janvier 2019.

La réforme, agrémentée de modifications destinées à « alléger » les règles de gestion pour les collecteurs, sera et débattue fin novembre au Parlement.

À partir des déclarations de revenus faites au printemps 2018, l’administration fiscale calculera le taux d’imposition effectif du foyer. Un taux qui sera inscrit sur la fiche de paye de chacun. Dès l’été prochain, le gouvernement va déterminer les nouvelles tranches d’imposition et les taux correspondants. Des informations qui seront transmises à l’employeur, la caisse de retraite ou encore Pôle emploi, lesquels, à partir de janvier 2019, prélèveront directement la somme due sur le salaire de l’employé pour le reverser au fisc. À la fin de l’année 2019, le fisc effectuera un solde des droits afin de vérifier si l’on a trop payé ou non, et effectuera, le cas échéant, un remboursement.

La quasi-totalité des revenus réguliers seront soumis à la retenue à la source : salaire, retraite, indemnité chômage. Pour les revenus des indépendants (agriculteurs, professions libérales, autoentrepreneurs…) et des revenus fonciers (loyers…), rien ne changera : ils feront l’objet d’acomptes mensuels ou trimestriels, comme aujourd’hui.

Le problème est qu’avec ce nouveau système, les employeurs auront désormais accès à certaines informations fiscales de leurs salariés.

Cela est un vrai problème quant au respect de la vie privée. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les syndicats ne cessent d’alerter à juste titre sur le sujet : Par exemple, si un salarié affiche un taux d’imposition élevé, cela signifie qu’il perçoit d’autres revenus ou que son conjoint gagne beaucoup. L’employeur pourrait alors rechigner à l’augmenter. Pour éviter ce type d’effet pervers, le Ministère des Finances a prévu que l’on puisse demander à l’administration fiscale de fournir à l’entreprise un taux standard, dit « neutre », de sorte qu’on ne puisse en déduire quoi que ce soit sur la vie privée. Le véritable taux sera soumis au secret et, comme aujourd’hui, seul le fisc en aura connaissance.

En cas de premier emploi en cours d’année, l’entreprise appliquera la grille de taux standards. Le fisc fera les comptes en fin d’année pour vérifier s’il y a eu un trop-perçu ou non.

Pour autant, se pose toujours la question de la déductibilité des contrats retraite au titre de l’année dite « blanche ». Si rien n’est changé au dispositif de l’an passé – à savoir aucune déduction des cotisations de retraite supplémentaire – cela signifiera que Bercy a imposé sa volonté au Ministre des Comptes Publics.

A suivre…

À quand le recouvrement des cotisations Arrco-Agirc par les Urssaf ?

La transformation du CICE en baisse de réduction de charges sociales pourrait être l’occasion d’une réforme majeure du recouvrement des cotisations payées auprès des régimes complémentaires de retraite des salariés.

En effet, lors des réunions préparatoires entre l’ARRCO et l’AGIRC et la Direction de la Sécurité sociale (DSS), cette dernière a proposé l’hypothèse d’un transfert rapide aux Urssaf de la gestion des cotisations des régimes AGIRC et ARRCO.

Un projet de transfert lourd de menaces

La transformation du CICE en baisse de réduction de cotisations sociales semble être, pour le Ministère des Affaires Sociales, l’occasion idéale de centraliser l’encaissement des cotisations vers les Urssaf.

Inspiré du dispositif prévalant jusqu’alors dans le défunt Régime Social des Indépendants (RSI), le schéma envisagé prévoirait :

  • L’encaissement de masse des cotisations par les Urssaf
  • Tout en maintenant à l’AGIRC-ARRCO le calcul des régularisations et la vérification des paramètres spécifiques applicables.

Cette réforme technique s’inscrirait dans le droit fil des dernières mesures de centralisation en la matière (Cotisations de l’assurance chômage puis plus récemment celles du RSI).

Mais en réalité, en partageant les responsabilités du recouvrement entre deux structures, ce projet reprend les mêmes solutions que celles ayant prévalu il y a 10 ans à la création du RSI et de l’ISU.

Les résultats de ce mécano social sont hélas bien connus !

Un projet de transfert très risqué

Par principe les mesures de simplification produisant de réelles économies vont dans le bon sens.

Mais, menées dans la précipitation et avec une forme d’obstination sans tenir compte des réalités comme les travaux en cours pour la mise en place du régime unifié AGIRC-ARRCO au 1er janvier 2019, elles peuvent conduire aux effets inverses voire à des catastrophes.

Dans la pratique, la faisabilité d’un transfert aux Urssaf s’avère très incertain à mettre en œuvre pour des raisons d’ordre différent :

  • Le mode opératoire de l’Acoss, caisse nationale du réseau des Urssaf, ne permet pas un traitement individuel des situations alors que c’est justement l’approche de l’Arrco-Agirc. En effet, il est basé sur un recouvrement de masse pour les différentes branches de la sécurité sociale. Il constituerait un retour en arrière par rapport à la situation actuelle.
  • Il est difficile d’imaginer que les Urssaf, opérateurs de masse puissent maintenir une telle qualité de service. La dimension contractuelle des liens entre l’Arrco-Agirc et les entreprises pose des difficultés techniques sérieuses : taux supplémentaires, répartitions de cotisations dérogatoires, assiettes spécifiques….. (les taux de cotisation dérogatoires concernent 17 % des salariés et 9 Mds€ de ressources).

Au final, il serait sage que ce projet visant à confier le recouvrement des cotisations de retraite complémentaire des salariés aux Urssaf soit définitivement abandonné.

Recouvrement des cotisations Arrco – Agirc par les Urssaf : Un projet inopportun et à hauts risques

La transformation du CICE en baisse de réduction de charges sociales pourrait entraîner une réforme majeure du recouvrement des cotisations payées auprès des régimes complémentaires de retraite des salariés. A l’occasion de réunions techniques préparatoires entre l’ARRCO et l’AGIRC et la Direction de la Sécurité sociale (DSS), cette dernière a proposé l’hypothèse d’un transfert rapide aux Urssaf de la gestion des cotisations des régimes AGIRC et ARRCO.

L’Institut de la Protection Sociale (IPS) s’inquiète des risques que ce projet fait peser sur les entreprises. Alors que les Urssaf doivent intégrer dans l’urgence la gestion du RSI, cette proposition fait courir un risque majeur de désorganisation. L’IPS appelle au maintien de l’encaissement des cotisations de retraite complémentaire par les caisses relevant des régimes Arrco – Agirc.

Télécharger le communiqué de presse de l’IPS du 06/10/2017

Les retraités actifs travaillent aux 2/3

Selon une étude récente de la DREES, les 478 000 personnes qui cumulent emploi et retraite travaillent pour les deux tiers à temps partiel (Drees)

Le dernier « Études & Résultats » de la Drees paru en septembre 2017 s’est intéressé au profil des 478 000 personnes qui avaient 53 ans et plus en 2016, et qui cumulaient un emploi et le versement d’une pension de retraite.

Les résultats sont très instructifs :

  • Près de la moitié des cumulants a 64 ans ou moins.
  • Ils sont plus diplômés et 90% d’entre eux travaillaient encore juste avant de percevoir leur retraite, contre les 2/3 des retraités non cumulants.
  • Les cumulants sont plus souvent des TNS et ils exercent dans les métiers de l’artisanat ou sont commerçants ou chefs d’entreprise :
    • Un senior libéral sur 5 en activité est un cumulant
    • Ce constat va de pair avec une surreprésentation des professions d’artisans, de commerçants et de chefs d’entreprise. Même surreprésentation chez les professions libérales, où près d’un senior libéral sur cinq en activité perçoit également une pension de retraite (contre moins d’un sur dix sur l’ensemble des seniors en activité).
  • Seule la moitié des cumulants est salarié en CDI :
  • Outre la part importante d’activités d’appoint, temporaire ou occasionnelle, une autre grande différence entre actifs occupés, selon qu’ils cumulent ou non leur activité avec une pension de retraite, concerne le recours au temps partiel. Si près de 20 % des actifs en emploi non cumulants travaillent à temps partiel, cette proportion est de 66 % parmi les cumulants et même de 73 % pour les femmes qui cumulent un travail avec une pension. Les raisons invoquées par les seniors retraités en activité pour le recours au temps partiel sont le complément de revenu (51 %), des raisons personnelles (38 %) et un temps partiel subi pour 9 % (contre 43 % déclaré pour les non cumulants).

Sur le plan sanitaire, les cumulants sont relativement jeunes et en bonne santé :

  • Jeunes, car ils sont en moyenne plus jeunes que les autres retraités : 65 ans en moyenne (contre 72 ans).
  • La part de cumulants se disant en bonne ou très bonne santé est légèrement supérieure pour les hommes que pour les femmes.
  • En moyenne, parmi l’ensemble de retraités de 53 ans et plus, les femmes cumulantes sont plus souvent veuves ou divorcées que les hommes. Elles vivent aussi plus souvent seules. Dans leur ensemble, les cumulants sont plus souvent divorcés que les non-cumulants.

Cinq familles de cumulants

Cinq groupes de cumulants sont identifiés.

  • Le premier qui rassemble 30% de cumulants est celui des diplômés (75% ont un niveau supérieur à un bac + 2). Relativement âgés (six sur dix ont plus de 65 ans) ce sont surtout des cadres, professions libérales et professions intermédiaires. Leur activité professionnelle est presque systématiquement régulière.
  • Un deuxième groupe (25% des cumulants) se démarque par une activité professionnelle qui n’est que temporaire ou occasionnelle, allant de pair avec un recours élevé au temps partiel court (plus de six sur dix dans ce groupe).
  • Un troisième groupe comprenant près d’un cumulant sur six réunit une population majoritairement féminine, très peu ou pas diplômée, travaillant en CDI dans des emplois d’ouvriers ou d’employés uniquement. Il se caractérise par un recours au temps partiel court très élevé.
  • Un quatrième groupe comprend une population plus masculine. Peu diplômée, elle rassemble exclusivement des non-salariés (hors libéraux), qu’ils soient agriculteurs, artisans, commerçants ou chefs d’entreprise. Ces personnes travaillent majoritairement à temps complet.
  • Un dernier groupe, (environ un cumulant sur huit), se caractérise surtout par une population très jeune (60 % ont moins de 60 ans et 98 % moins de 65 ans), et a un niveau de diplôme intermédiaire. Neuf sur dix d’entre eux sont en CDI et occupent des emplois d’ouvriers, d’employés ou, dans une moindre mesure, de professions intermédiaires.

Au final, que retenir de ces nombreuses données ?

Que le travail, décidemment c’est la santé !

Réforme du RSI : L’IPS salue certaines améliorations mais appelle à la vigilance

Communiqué de presse de l’IPS du 7 septembre 2017 

Dans son discours du 5 septembre à Dijon, le Premier Ministre a précisé les conditions de suppression du Régime Social des Indépendants (RSI).

L’analyse précise de cette réforme montre que les indépendants devraient bénéficier de réelles améliorations pour la déclaration de leurs revenus et le versement de leurs cotisations.

Cependant, l’Institut de la Protection Sociale (IPS) s’inquiète des conditions de démantèlement du RSI qui n’écarte pas, loin s’en faut, le risque de dégradation de service pour les indépendants.

De plus, contrairement aux affirmations du Premier Ministre, la nouvelle organisation conduira inéluctablement à un alignement des cotisations des indépendants sur celles des salariés, soit une augmentation de près de 30%.

L’IPS appelle à une réflexion de fond sur les enjeux techniques de la réforme et l’importance de la prise en compte des spécificités des indépendants.

Télécharger le communiqué de presse complet du 07/09/2017

Les futures simplifications pour les TNS ne compensent pas les nombreux problèmes posés par la dissolution du RSI

Dans son discours du 5 septembre à Dijon, le Premier Ministre a précisé les conditions de suppression du Régime Social des Indépendants (RSI). Dans le cadre de cette réforme les indépendants devraient bénéficier de réelles améliorations pour la déclaration de leurs revenus et le versement de leurs cotisations.

Cependant, le démantèlement du RSI n’écarte pas, bien au contraire, le risque de dégradation de service pour les indépendants.

De plus, contrairement aux affirmations du Premier Ministre, la nouvelle organisation conduira inéluctablement à un alignement des cotisations des indépendants sur celles des salariés.

Pour régler les difficultés supportées par les indépendants dans la gestion de leurs cotisations sociales, le Gouvernement a décidé de supprimer le RSI en le faisant absorber par le Régime Général.

A cette occasion, il a annoncé certaines mesures de simplification des cotisations :

  • Suppression de la Déclaration Sociale des Indépendants qui faisait double emploi avec la Déclaration Fiscale
  • Octroi de délais de paiements par anticipation
  • Possibilité de moduler ses acomptes de cotisations en temps réel

Pourtant la dissolution risque d’être moins simple sur le plan technique qu’il n’y parait.

En effet, comme il y a une dizaine d’années pour la mise en place du RSI, l’Administration sous-estime lourdement les difficultés techniques de cette solution et des risques qu’elle fait peser sur les indépendants.

Plusieurs mesures du plan d’action présenté par le Premier Ministre m’interpellent :

  • Pourquoi les Organismes Conventionnés gérant l’Assurance Maladie sont-ils appelés à disparaitre alors que leur efficacité de gestion est meilleure que celle des Caisses Primaires ?
  • Comment le calcul des cotisations sera-t-il amélioré, alors que c’était la principale carence du RSI ? En effet, un logiciel spécifique est nécessaire car la base de calcul et les modalités sont différents des salariés. Si aucun investissement sérieux n’est fait, les problèmes subsisteront, le logiciel de calcul le SNV2 des URSSAF étant toujours celui qui calculera les cotisations avec ses carences.

A cet égard, la durée de la période de transition parait bien courte au regard des enjeux techniques et de gestion qui se posent.

Mais surtout, en supprimant le RSI, aucune instance ne sera plus en mesure, au sein du Régime Général, de défendre la logique propre de la protection sociale des indépendants.

A l’horizon des prochaines années, les exigences des réductions budgétaires conduiront inéluctablement vers un alignement des cotisations des indépendants sur celles des salariés. Cela pourrait se traduire au final par une hausse des cotisations de près de 30% : un bon moyen pour de relancer la contestation des cotisations obligatoires.

Et si les travailleurs indépendants ne mesuraient pas le cataclysme que provoquera la suppression du RSI ?

Dans son discours de politique générale, le Premier Ministre a annoncé la suppression du Régime Social des Indépendants (RSI) au 1er janvier 2018.

La plupart des observateurs voient dans cette suppression une amélioration de la situation des indépendants.

Pourtant c’est tout le contraire qui risque de se produire.

Le démantèlement précipité des caisses du RSI qu’envisage le Gouvernement va produire un nouvel accident industriel dont les TNS seront les premières victimes.

L’Institut de la Protection Sociale (IPS) interpelle les pouvoirs publics sur l’urgence d’auditer la situation avant toute action irréversible. Pour l’IPS, l’enjeu est de prendre en compte les nouvelles formes d’entrepreneuriat et de réinventer un modèle simple de protection sociale intégrant ces évolutions. A l’heure de l’économie numérique, le régime des indépendants est par nature celui qui sera le plus à même d’absorber ces évolutions économiques et sociologiques.

1 – La suppression du Régime Social des Indépendants : un gigantesque quiproquo

Mais que comprenaient les Français lorsqu’ils applaudissaient la proposition du candidat Macron de supprimer le RSI :

  • Qu’un régime obligatoire, dont les errances de gestion s’étalaient dans tous les médias, allait enfin payer pour toutes les erreurs commises ?
  • Que les cotisations des indépendants, perçues comme très élevées, allaient enfin être supprimées ?
  • Que les TNS allaient être libérés des invraisemblables soucis de gestion que leur causait ce régime ?

Un peu de tout cela probablement.

Pourtant, tout est faux dans ces idées reçues :

  • Les errances de gestion ne sont pas le fait du RSI qui est devenu le bouc-émissaire facile parce que l’Etat lui imposa d’utiliser le logiciel dépassé des URSSAF, source de tous les problèmes.
  • Les cotisations de TNS sont moins élevées que pour les salariés. C’est l’alignement de la situation des indépendants sur celle des salariés qui conduirait les premiers à payer au minimum 30% de charges sociales en plus.
  • Les TNS ne seront pas libérés des problèmes de gestion par la suppression du RSI. Tant que les modalités de calculs des cotisations ne changeront pas, rien ne sera simplifié pour les entrepreneurs.

2 – Le démantèlement précipité du RSI entraînera une catastrophe industrielle pire que la mise en place de l’Interlocuteur Social Unique (ISU) en 2008

La suppression précipitée du RSI inquiète les professionnels qui, comme les experts-comptables notamment, ont subi les conséquences des dysfonctionnements de ce régime.

Cette annonce est d’autant plus surprenante que la qualité de service de ce régime s’est notablement améliorée. Il ne faut également pas oublier que la plupart des dysfonctionnements sont issus de la mise en place de l’ISU.

Pour mettre en application l’annonce du Premier Ministre, deux solutions sont possibles :

  • Maintenir les caisses avec leurs équipes, auditer leur mode de fonctionnement et de gestion et engager une refonte des modes de calcul des cotisations en allant pourquoi pas, vers une auto-liquidation de ces dernières. En termes d’image et de communication, il conviendrait de renommer ce régime.

ou

  • Démanteler les équipes pour les fondre au sein d’un régime général qui – au-delà des déclarations de principe habituelles – n’y est nullement préparé.

L’option du démantèlement serait catastrophique et irrémédiable.

Le nouveau Gouvernement dispose ici d’une opportunité de taille pour refonder un nouveau système laissant place à la liberté d’entreprendre et à l’essor du travail indépendant.

Si l’Etat ne réforme pas sérieusement la situation qu’il a contribué à créer en instaurant le RSI, les problèmes de gestion vont réapparaître :

  • Entrainant des pertes financières pour les caisses
  • Et relançant avec une vigueur renforcée l’audience des organismes contestataires.

CONCLUSION :

A la lumière de ces indications, l’Institut de la Protection Sociale demande au Gouvernement de procéder avec sagesse, comme il l’a fait pour le prélèvement à la source : en se donnant le temps de réformer en profondeur la protection des indépendants sans se lancer dans l’option aventureuse du démantèlement immédiat du RSI.

Télécharger le communiqué de presse sur la suppression du RSI en pdf

Défense Nationale ou Protection Sociale : le choix est-il fait ?

Le sévère recadrage du Chef d’Etat-Major des Armées par le Président de la République rend d’autant plus brûlant le débat sur les priorités en matière de protection de nos concitoyens.

En effet, la problématique a largement évolué depuis la chute du Mur de Berlin il y a plus de 25 ans.

La chute du communisme libérait alors d’un coup toutes les précautions des démocraties occidentales.

C’était le temps béni des « dividendes de la paix » : on allait enfin réduire les dépenses de sécurité nationale. Dès 1990 avec le plan « Armées 2000 », la France s’engageait dans cette politique de baisse constante des dépenses militaires.

Les dépenses consacrées à l’Armée passèrent ainsi de 3,4% à 2,2% du PIB, représentant une baisse d’1/3 de l’effort de défense en moins de 25 ans.

Le budget de la défense nationale devint la variable d’ajustement du Ministère des Finances lors de chaque discussion budgétaire.

L’utilisation que la France a fait de ces « dividendes de la paix » s’avère très instructive.

En effet, plus que tout autre pays, notre nation aura profité de ces années pour laisser filer ses dépenses sociales.

Qu’on y songe : entre 1990 et 2015, les dépenses de protection sociale passent de 25% à 32% du PIB. Ces 7% du PIB représentent la somme énorme de 147 milliards d’euros par an.

On aurait pu penser que les budgets soient consacrés à préparer l’avenir ou protéger les plus fragiles. Il n’en fut rien. La part consacrée à la politique familiale (2% du PIB) et à la prévoyance (arrêt de travail ou décès : 1,7% du PIB) restèrent étonnements faibles et stables.

L’argent dépensé le fut en fait principalement pour les retraites (14,5% du PIB) et la santé (11% du PIB).

Nous n’avons pas distribué les « dividendes de la paix », nous avons dilapidé notre capital.

Mais avec la guerre que la France mène contre le terrorisme, les priorités changent.

L’arrêt de la baisse des dépenses de sécurité nationale à la fin du précédent Quinquennat ne fut qu’un premier pas. Les budgets de l’armée et de la police semblaient ne plus pouvoir être considérés comme une poire pour la soif par les services de Bercy. La récente décision du Ministre de l’Action et des Comptes Publics de réduire de 850 millions d’euros les dépenses d’investissement des Forces Armées montre que les termes du débat n’ont en fait pas changé.

Alors que les Français ne supportent plus les hausses d’impôts, que faire ?

La seule solution raisonnable réside dans une baisse drastique des dépenses sociales qui sont trop généreuses pour certains et surtout ne protègent pas sérieusement les personnes qui en ont le plus besoin.

La protection des personnes handicapées comme la prise en charge de la dépendance doit faire l’objet d’une meilleure prise en charge à titre obligatoire. Les annonces récentes de la nouvelle équipe semblent aller dans ce sens.

Mais comparé à nos voisins, rien ne justifie l’âge bien trop précoce de départ en retraite, qu’il s’agisse autant des régimes spéciaux que du régime général des salariés. De même, le niveau des pensions doit être revu à la baisse au regard de l’effort contributif fourni dans le passé par les actuels retraités.

De sérieuses économies doivent aussi être faites en matière de santé. Seule une réorientation de notre système de soins vers une logique vraiment préventive le permettra. Et là encore les annonces Gouvernementales sont encourageantes. Reste à savoir si elles seront suivies d’effet.

Ces mesures ne sont guère faciles à entendre.

Pour ceux qui les subiront économiquement, elles seront difficiles à assumer.

Mais elles seront infiniment moins lourdes à payer que le sang qu’il nous faudra verser si nous ne transférons pas une partie des coûts de la protection sociale vers la défense nationale et la sécurité.

Sans parler des conséquences de la poursuite inconsidérée d’une baisse des dépenses militaires dans le contexte de guerre où se trouve notre pays !